Coppola, "L'homme sans âge" (et la troisième rose)
Dix
ans sans tourner (L'Idéaliste)
et voici enfin le dernier opus de Francis Ford Coppola, "L'Homme sans âge" (Youth
Without Youth), adapté d’une nouvelle fantastique de Mircea Eliade, "Tinerete
fara tinerete" (Jeunesse
sans jeunesse), avec Tim Roth, exceptionnel dans le rôle de ce
vieil homme de 70 ans, professeur de linguistique qui, frappé par la foudre,
rajeunit et se voit ainsi offrir, miraculeusement, la possibilité de terminer l’œuvre
de sa vie sur l'origine des langues qu’il désespérait de ne pouvoir mener à bien
avant de mourir.
Si vous aimez Francis Ford Coppola parce qu’il a réalisé "Le Parrain I, II et III" et uniquement pour ça, vous risquez d’être bigrement déçus.
Par contre, si Coppola c’est pour vous aussi et avant tout, "Peggy Sue", "Dracula", "Rusty James", si vous n’avez pas oublié "Coup de cœur" (One from the Heart), qui fut -injustement- un cuisant échec commercial, vous serez pour le moins séduits (c’est un euphémisme, bien entendu : vous serez fascinés) par ce film baroque, fantastique, délirant, romantique, philosophique que vient de réaliser ce jeune homme de 68 ans.
Et il s’agit bien d’âge, de jeunesse, de temps qui passe, vite, trop vite et qui semble se répéter pourtant, de métempsychose, de résurrection, que sais-je ?
Mais j'oubliais : c'est aussi une très belle histoire d'amour.
C’est une film qui traverse le temps, vous mène de la Roumanie de 1938 jusqu'aux années 60 en Suisse, en Italie, à Malte, en Inde, après une évocation du nazisme pour revenir (peut-être, c’est à vous de voir) à son point de départ.
Rêve, réalité, bouddhisme, kharma, recherche obsessionnelle de l’origine du langage, de l’immortalité, réflexion sur le devenir de l’humanité, dédoublement de personnalité, fantasme de connaissance infinie (on pense à Borges et à sa bibliothèque de Babel), c’est un film foisonnant qui vous prend à la gorge dès le départ et ne vous lâche pas avant la fin, deux heures après, deux heures qui sont passées comme… mais au fait, où sont-elles passées ces deux heures ?
Alors
peut-être que les lecteurs de Mircea
Eliade seront déçus, feront la fine bouche, parleront de trahison, je ne sais
pas, car je n’ai jamais, je l’avoue, rien lu de ce
romancier historien des religions et philosophe roumain (je compte bien essayer d’y remédier, d’ailleurs), mais ils ne
peuvent être déçus par le film qui est certainement ce que, pour ma part, j’ai
vu de plus beau depuis bien longtemps.
Quant à la "troisième rose", je vous laisse le soin de décider ce qu'elle peut symboliser et de découvrir où elle se trouvera.
Comments
Mircéa ELIADE. j'adore son écriture qui nous ouvre à la sociologie et à la philosophie sans charabia !
il y a une rencontre de voxeurs sur Paris fin novembre je crois, j'espère que tu seras de la partie !
De mon côté je connais justement plutôt Mircea Eliade, qui fait partie pour moi de mes classique.
Alors j'aimerais bien me laisser surprendre et me faire ma propre idée sur le sujet.
Merci d'en avoir parlé, ça me donne une idée de film à voir un de ces soir!
Mais bon, Jean-Jacques Annaud n'est pas Coppola, loin s'en faut..
Mais avez-vous entendu parler de Sarkozy parlant, devant les représentants de plusieurs pays européens, du "trop grand nombre de musulmans en Europe" ?
Non ? Normal, puisque à peut près aucun quotidien français n'a relayé cette information...Les médias français, ou quand l'information pactise avec le gouvernement....
Mais bon, je le laisse.
Ce film traduirait-il le désir cacher de séduire les jeunes Dames à un àge où on les regarde bien plus qu'elles nous regardent?
Mais que le titre est ringard !
Pourquoi ne pas avoir traduit littéralement le titre roumain "Tinerete fara tinerete" et anglais "Youth without Youth" en "Jeunesse sans jeunesse" ?